La Franc-maçonnerie est une organisation essentiellement philosophique et philanthropique réunissant, dans le monde entier, des personnes qui se sont données pour but d’œuvrer à l’amélioration matérielle et morale de l’homme. Souvent décrite comme un système particulier de morale illustré par des symboles, elle se présente elle-même comme un outil de formation, avec une méthode particulière permettant à ses membres d’entraîner leurs capacités d’écoute, de réflexion et de dialogue, afin qu’eux-mêmes transmettent ces valeurs à leur entourage.
Apparue en Europe à la fin du XVIIe siècle, elle s’est structurée autour d’un grand nombre de rites et de traditions qui ont entraîné la création de nombreuses dissidences, qui ne se reconnaissent pas toujours entre elles comme des organisations maçonniques.
L’origine mythique de la franc-maçonnerie se situe à la construction du temple de Salomon à Jérusalem par l’architecte Hiram Abi, Maître fondateur des francs-maçons. Elle trouverait également des racines dans la construction des pyramides dans l’Égypte ancienne.
On a prétendu que la franc-maçonnerie était un prolongement institutionnel des corporations de maçons du Moyen Âge, un descendant direct des Templiers, le Collegia romain, les Maîtres Comacins, la Rose-Croix et autres sociétés secrètes, les descendants intellectuels de Noé… Toutes ces théories apparaissent dans divers textes, et les ouvrages cités ci-dessous ne sont que quelques exemples parmi une multitude :
Il est probable que la franc-maçonnerie ne soit pas un prolongement des corporations médiévales de maçons, pour de nombreuses raisons bien do*****entées par John Robinson, dans son livre Born in Blood. Parmi ses arguments, on peut citer le fait que l’existence de la franc-maçonnerie est avérée à l’époque des corporations de maçons. De plus, les maçons vivaient près de leur lieu de travail, et n’avaient donc pas besoin de signes secrets pour se reconnaître. Enfin, les ‘Old Charges’ des franc-maçons n’auraient pas de sens si on devait les appliquer aux corporations de maçons.
Certains soutiennent que la franc-maçonnerie existait déjà au temps du roi Athelstan d’Angleterre, c’est-à-dire à la fin du Xe siècle. Athelstan aurait été converti au christianisme à York, et y aurait publié la première charte des loges maçonniques. Mais à l’heure actuelle, cette théorie n’est pas confirmée.
D’autres manuscrits, antérieurs à 1717, élaborent des règles pour des sociétés de « Freimaurer » ou de « freemasons »: le Cooke (env. 1400), les statuts de Ratisbonne 1498, les statuts Schaw (1598), le York (1370), le Sloane (1700)…
*Fondation des premières loges:
La plus ancienne loge connue était celle Kilwinning fondée vers 1500 en Écosse. Entre 1652 et 1696, il y avait trente loges en Angleterre. Parmi ces loges, les plus importantes étaient la Aberdeen Lodge créée en 1670 et la Melrose Lodge créée en 1614. En 1701, la Loge d’Alnwich fut fondée et en 1705 la Loge de York.
En 1717, quatre loges londoniennes se réunirent et formèrent la première Grande Loge. Ce groupe sera plus tard appelé, in formellement, les Modernes. Plus tard se forma une autre Grande Loge, groupe appelé in formellement les Anciens. Le schisme, ainsi créé par la publication des premières constitutions, fut résolu par la réunion des deux Grandes Loges sous le nom de Grande Loge Unie d’Angleterre (United Grand Lodge of England) en 1813. La séparation avait été causée par la publication des premières constitutions et le fait qu’elles autorisaient l’initiation des non-chrétiens ; il fallut attendre 1813 où une nouvelle mouture des constitutions mit tout le monde d’accord.
La franc-maçonnerie contemporaine repose, pour la plupart des obédiences, sur les constitutions du révérend James Anderson (janvier 1723) et, pour une partie, sur celles de Lawrence Dermott (Ahiman Rezon – 1751).
Du fait que les Anciens et les Modernes ont essaimé à travers le monde entier au cours du XIXe siècle, et que beaucoup de ces loges existent encore actuellement, il existe aujourd’hui une grande variété de façons de pratiquer le Rituel. Néanmoins, la plupart des loges essaient de suivre un rite établi tel que le Rite d’York (celui des États-Unis).
Les deux principales branches :
Bien qu’il existe un nombre important d’obédiences maçonniques, toutes très différentes dans leurs pratiques et leurs façons de voir la franc-maçonnerie, on peut néanmoins les répartir en deux branches principales. Si on devait nommer ces deux branches de la franc-maçonnerie, on pourrait leur donner le surnom approximatif, et quelque peu réducteur, de branches libérale et anglo-saxonne.
* La branche anglo-saxonne regroupe les obédiences qui s’intitulent « régulières » :
Ce sont celles qui ont généralement des contacts avec la Grande Loge Unie d’Angleterre, issue de l’union des deux Grandes Loges Anglaises des « Antients » et des « Moderns ». La Grande Loge Unie d’Angleterre impose le respect d’une règle en 12 points établie en 1929 : les principes de base pour la reconnaissance, parfois appelés landmarks. La plus ancienne obédience maçonnique y est la Grande Loge Unie d’Angleterre (United Grand Lodge of England), continuatrice de la Grande Loge de Londres fondée en 1717. C’est la branche la plus répandue dans le monde.
* La branche libérale ou adogmatique a poursuivi la tradition d’ouverture et de tolérance de la grande loge d’Angleterre (dite des « Moderns ») d’avant 1813 :
Elle prône une Maçonnerie Humaniste, tolérante, adogmatique (en ce sens qu’elles n’imposent généralement aucune croyance en un Dieu révélé). Les Travaux de ces loges sont spirituels, sociaux voire politiques pour les obédiences les plus libérales. Le Grand Orient de France, né en 1773, descendant des premières loges Françaises de 1728 est aujourd’hui l’obédience la plus ancienne. La Maçonnerie Libérale est composée d’obédiences masculines, mixtes et féminines. Des accords les lient souvent, pas toujours. La Maçonnerie Libérale est très présente en Europe (c’est véritablement la maçonnerie européenne), en Amérique latine et elle commence à croître aux États-Unis.
Il fut une époque où le Grand Orient de France et la Maçonnerie Anglo-Saxonne se reconnaissaient mutuellement, mais la plupart des obédiences cessèrent leurs relations avec le Grand Orient de France après que celui-ci modifia sa constitution en n’imposant plus à ses membres la croyance en l’immortalité de l’âme, événement déclencheur du schisme de 1877 entre les deux branches.
Il y a en 2005, 135 000 adhérents aux diverses obédiences maçonniques. Il est à noter que toutes les obédiences ne se reconnaissent pas toujours comme telles les unes les autres, en fonction de certains critères.
*Croyances religieuses:
La tolérance fait partie des valeurs affichées par la franc-maçonnerie. La plupart des loges sont dérivées de la franc-maçonnerie anglaise qui requiert la croyance en un « Être Suprême » ou « Grand Architecte de l’Univers ». Mais le terme de « Grand Architecte » peut être interprété de façon très diverse d’une loge à l’autre. Il est parfois entendu de manière symbolique, en incluant des visions traditionnelles de « Dieu » ou de la Nature, dans le sens de Baruch Spinoza et Goethe, ou des visions athées de « réalité ultime », ou d’unité cosmique comme on peut en trouver dans certaines religions orientales et dans l’idéalisme occidental. D’autres loges, principalement nord-américaines, récusent les acceptations dérivées des religions naturalistes et humanistes. Depuis le début du XIXe siècle, certaines obédiences ont des exigences religieuses supplémentaires, comme le théisme ou la croyance en l’immortalité de l’âme. La franc-maçonnerie qui prédomine en Scandinavie accepte uniquement les chrétiens. Dans les branches dérivées de la franc-maçonnerie française, cette croyance en un « Être Suprême » est facultative et les athées ou les agnostiques sont acceptés sans problème.
*Place de la femme:
La position de la femme dans la franc-maçonnerie est complexe. En Grande-Bretagne et en France, ainsi que dans de nombreux autres pays, les femmes rejoignent généralement des loges mixtes comme celles de l’Ordre Initiatique et Traditionnel de l’Art Royal, du Droit Humain et de la Grande Loge Mixte de France, ou des loges uniquement féminines comme celles de la Grande Loge Féminine de France, de Belgique ou de Suisse. Ainsi, Le Droit Humain définit la franc-maçonnerie en fonction de son caractère mixte et international :
« Elle postule les droits de l’Homme, parce que, au sein d’une humanité organisée en sociétés libres et fraternelles, l’homme et la femme doivent jouir de droits sociaux égaux. Ses membres visent en tout premier lieu le maximum de développement moral et intellectuel pour tous les Hommes, sur cette terre. »
Dans d’autres pays (en particulier en Amérique du Nord), il est plus commun que les femmes ne rejoignent pas la franc-maçonnerie directement mais des associations distinctes, comportant leurs propres traditions, comme l’Ordre de l’Eastern Start. Les franc-maçonneries continentales (c’est-à-dire proches du Grand Orient de France) reconnaissent généralement les loges mixtes et féminines. Cependant, si le Grand Orient de France reconnaît les loges féminines, et accepte la présence de femmes dans ses loges, il ne les initie pas. La franc-maçonnerie anglaise (c’est-à-dire proche de la Grande Loge Unie d’Angleterre) ne reconnaît aucun groupe acceptant les femmes, bien que dans de nombreux pays il y ait une tolérance à l’égard de groupes plus ouverts. La Grande Loge Unie d’Angleterre reconnaît ainsi depuis 1998 certaines loges mixtes, à l’exception de leur acceptation des femmes. Ainsi, la Grande Loge considère qu’ils doivent être vus comme faisant partie de la Franc-Maçonnerie, bien que non reconnus officiellement comme tels. La position de la femme dans la franc-maçonnerie change rapidement dans le monde anglo-saxon. Bien que l’Amérique de Nord suive généralement l’Angleterre sur de nombreux points, c’est là que se concentre principalement la résistance à l’acceptation des femmes.
Tandis que de nombreuses initiations féminines eurent lieu en France au XVIIIe siècle et que furent constituées des loges dites d’adoption où Frères et Sœurs procédaient à des tenues communes, ces tentatives de mixité ne semblent pas avoir survécu à la Révolution de 1789. Il fallut attendre la fin du XIXe siècle pour voir en 1882, dans une loge de la Grande Loge Symbolique Écossaise (qui rejoindra la Grande Loge de France en 1894), l’initiation de Maria Deraismes qui fondera par la suite le Droit Humain.
*Scandales
Certaines pratiques douteuses ont de fait impliqué des franc-maçons voire des loges entières, telle l’affaire des casseroles au début du XXe siècle ou dans les années 1980 l’affaire Roberto Calvi. Dit le « banquier de Dieu », ce dernier dirigeait la Banco Ambrosiano, qui fit l’objet d’une des faillites les plus retentissantes des années 1980. Licio Gelli, grand-maître de Propaganda Due (P2), la loge maçonnique italienne illégale, est aujourd’hui interrogé pour ses responsabilités présumées dans l’assassinat de Roberto Calvi. L’immense majorité des Maçons réprouvent sans réserve cet usage indigne de la notion de fraternité. Aujourd’hui, au sein des grandes obédiences de la maçonnerie une réflexion a été suscitée au sujet des abus et des moyens de lutter contre ce fléau.
*Oppositions:
La première condamnation de la franc-maçonnerie par l’Église catholique tomba en 1738 avec la bulle du pape Clément XII In Eminenti Apostolatus Specula . Elle fut reprise par plusieurs de ses successeurs, dont le pape Léon XIII dans l’encyclique Humanum Genus. En 1917, le code de la loi canonique déclare explicitement que l’appartenance à une loge maçonnique entraîne l’excommunication automatique. Et si, sous le pape Jean XXIII une tentative de rapprochement fut entreprise, elle ne lui survécut pas. Le code révisé de 1983 ne cite plus explicitement la franc-maçonnerie parmi les sociétés secrètes condamnées par la loi canonique de 1374. Toutefois, le 26 novembre 1983, une déclaration de la Congrégation pour la doctrine de la foi alors dirigée par Joseph Ratzinger (devenu depuis le pape Benoît XVI) a réaffirmé l’interdiction faite aux catholiques de rejoindre la maçonnerie. Cette déclaration a été approuvée par le pape de l’époque, Jean-Paul II.
Certaines Églises protestantes s’opposent également à la franc-maçonnerie. L’une des raisons avancées par les fondateurs d’une nouvelle Église, l’Église méthodiste libre en 1860, était qu’ils soupçonnaient l’Église méthodiste d’être influencée par les francs-maçons et les membres d’autres sociétés secrètes. L’Église méthodiste libre continue d’ailleurs à interdire à ses membres d’en faire partie. Récemment encore, la Southern Baptist Convention, la plus importante association baptiste des États-Unis, déclara elle aussi que l’appartenance à la franc-maçonnerie était incompatible avec ses croyances.