Les 2 premiers stages se sont très bien passés, j'ai trouvé enfin ma vocation, s'occuper et prendre soin des personnes âgées ou pas, malades, handicapées, voire psy !
Tous les résidents m'ont toujours bien acceptée, souvent dès le 1er contact, et pour certains les larmes aux yeux, ça a été assez dur de me voir les quitter, quelques fois c'est un adieu, j'ai encore appris le décès d'une dame aujourd'hui
J'adore ce métier, celui d'aide-soignante, c'est ce que je veux faire et j'ai bien du boulot pour y parvenir à ce stade !
Mais débordante d'amour, je suis toute pleine d'attention, d'écoute, de patience et de gentillesse à leur égard, les filles du personnel l'ont bien remarqué, et j'essaie de ne pas trop m'attacher à certaines personnes mais c'est dur...
Je voudrais vous parler de Mr R., un résident de l'EHPAD où je suis actuellement en stage, dans un petit village proche de ma ville, âgé de 59 ans et raciste pur et dur !
Je savais que je pourrais y faire face à ce genre de personnage, élevé à une autre époque mais c'est bien le 1er que je croise en 3 établissements tous situés dans des petits patelins de campagne !
Ho la la, cet homme devait être très beau étant plus jeune, il l'est toujours ma foi, il ressemble trop à Christopher Reeves, l'acteur qui a joué plusieurs fois le rôle de Superman
la 1ère fois qu'on s'est croisé de loin, dans un couloir, je lui ai souri (comme toujours, je souris à tout le monde moi!) et aucune réaction... bon, j'ai pensé que c'était encore un "Tatie Danielle" en puissance, pas méchant mais très grognon
Les jours suivants, je lui adresse toujours le sourire et ô miracle, il me parle... sans le sourire bien entendu, mais le jour d'après, avec le sourire, me souhaitant le bonjour !
J'étais ravie !
En début de semaine un matin, les filles (AS et AV) me surprennent en train de lui faire des petits coucous et des bisous de loin :
"Gaffe Amphegenie, il est très raciste, il n'aime pas que les aide-soignantes de couleur s'occupent de lui, tu devrais arrêter, il est capable de te rentrer dedans, il l'a déjà fait !"
Ma responsable de suivi de stage, une infirmière d'origine Martiniquaise ne se laisse pas faire avec lui, ça doit encore plus l'enrager
Tant pis, je leur ai avoué qu'on s'est plusieurs fois croisé ces derniers temps et ça passait plutôt bien, et ce même jour en fin d'après-midi, il m'a encore dit bonjour, avec le sourire !
Aujourd'hui, Mr R. a fait une crise d'epilepsie pour la énième fois cette année, il en fait depuis moins d'un an, à vrai dire, je connais à présent tout de sa vie, mais comment ?
Les filles m'ont appellée vers 17h pour aller à l'étage, chambre 12... la chambre de Mr R., alité, en pleine crise, c'est impressionnant à voir !
Elles m'ont demandée de rester à son chevet, de lui parler, de le rassurer, tout en le surveillant, le temps que l'infirmière, qui venait de rentrer chez elle, revienne lui faire une injection pour le calmer...
J'étais dubitative mais j'ai gardé courage, pensant qu'à tout moment, il pouvait très bien me fichtre une "torgnole"
Que nenni ! il m'a reconnu de suite, m'a appellé par mon prénom, m'a complimenté sur mes beaux cheveux bouclés et roux (pas roux pffff, violine) et accepté que je reste près de lui
Pendant plus d'une heure, il m'a raconté sa vie, ses moments les plus marquants, son métier, son enfance, sa main dans la mienne, les yeux dans le vide puis dans les miens, quand ça allait mieux, après la piquouse de l'infirmière hyper méga surprise
Voyant qu'il se rétablissait, je me suis éloignée et il a levé la main, cherchant encore la mienne, toujours chaude et animée, je suis restée encore à son chevet, tant pis pour ma pause
Peut-être les filles voulaient-elles vérifier que je disais vrai, que ce gentil bonhomme m'appréciait, en tout cas, elles ont toutes étaient très surprises, d'autant plus que surveiller un patient en pleine crise d'épilepsie n'est pas chose facile à surmonter !
J'ai déjà fait mes preuves en assistant, attentive et sereine, à des actes de soins post-chirurgicaux, c'est sûr et certain, je suis persuadée d'être faite pour ce métier
Après cette journée comme les autres, je me sens revigorée, plus sûre de moi dans mon avenir professionnel, toute contente d'avoir encore fait de bonnes choses autour de moi et heu... ouais contente de moi c'est vrai, le charme a triomphé du racisme, voilà ce que j'ai dit à Carstein en arrivant du taf ce soir...



