Couper les ponts : une question de vie ou de mort

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Cara
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Couper les ponts : une question de vie ou de mort

Message par Cara »

J'y vais un peu fort avec le titre mais dans mon cas, c'est pourtant la stricte vérité : si je garde le contact avec ma mère, je me tire une balle. Pour mon salut, je viens donc de prendre la décision de couper définitivement tout contact entre elle et moi.

Beaucoup de personnes m'ont dit de bien réfléchir (ça fait 30 ans que je ne fais que ça :lol:), qu'on avait qu'une mère, qu'elle était irremplaçable et que je le regretterais plus tard, qu'elle allait me manquer et qu'il FAUT aimer et pardonner à ses parents.
Je ne suis absolument pas d'accord : on n'est pas obligés d'aimer ses parents et on n'est pas non plus obligés de leur pardonner leurs erreurs. C'est un mythe ancestral auquel je n'adhère pas du tout. Certains parents vont trop loin et ne méritent pas qu'on leur pardonne. D'autres ne font absolument rien pour qu'on les aime et qu'on soit clément avec leurs erreurs, ma mère en fait partie.

Puis avant d'en arriver à cette extrêmité de couper les ponts, il faut du temps, des années, on prend le temps de réfléchir, on supporte pendant (trop) longtemps, jusqu'au moment où on n'en peut plus et il "faut" couper le cordon sinon on pète un câble et on se tire une balle.

Dans mon cas, comme dit plus haut, j'ai 30 ans et ça fait 30 ans que j'ai des mauvais rapports avec ma mère. Je pense que ça fait environ 20 ans que j'ai envie de lui dire adieu et je me retiens de le faire justement "parce que c'est ma mère et on en a qu'une"... mais là, non, tant pis, je peux plus supporter.

Mon histoire est longue et difficile, je vais essayer d'être brève pour résumer et je reviendrai sur certains points dans les posts suivants, si vous avez des questions ou des remarques :

- Je n'ai pas connu mon père biologique, il est parti quand ma mère était enceinte. Pendant des années, ma mère m'avait affirmé que mon père était mort mais on n'allait jamais au cimetière, j'ai donc commencé à poser des questions et un jour, elle a craqué : "non, il n'est pas mort, tu es une fille et il voulait un garçon, donc il est parti!"
Inutile de dire le traumatisme : j'étais coupable de la séparation de mes parents et en plus, j'étais coupable d'être une fille !
Pendant des années, j'ai culpabilisé et je cachais ma féminité sous des vêtements amples, j'avais honte d'être une fille.
Je sais maintenant qu'il n'est pas parti pour ça, mais quand on est enfant et qu'on entend une telle phrase, on en sort perturbé, c'est inévitable.

- J'ai grandi jusqu'à 7 ans chez mes grands-parents. Ma mère et ma grand-mère avaient peur de mon grand-père car il avait un caractère très fort et il n'était pas facile à vivre. Dès que je faisais un peu de bruit en jouant ou que je voulais parler, on me disait de faire silence, de me taire.
Des années à me taire... j'en ai gardé à l'âge adulte une difficulté à communiquer avec les autres, à dire ce que je pense et ce que je ressens, je suis très solitaire, j'ai peu d'amis, j'ai toujours l'impression que mon avis ne compte pas, que je suis transparente et pas importante.

- Ma mère étant une mère célibataire, elle a voulu prouver au monde entier qu'elle parvenait quand même à élever son enfant, et à l'élever bien. Il fallait donc toujours que je sois la plus sage, la plus gentille, la meilleure à l'école, la mieux habillée, etc... pour que les gens puissent dire que ma mère, bien que mère célibataire, réussissait mon éducation.
Pendant des années, je ne pouvais jamais jouer avec mes copines et mes cousin(e)s, je ne pouvais pas faire une tache sur mes vêtements, quand on visitait la famille, je ne pouvais ni parler ni bouger sans autorisation.
A l'école, j'étais très douée, j'avais toujours 96-97%, mais ce n'était jamais assez bien, elle n'était jamais contente, j'aurais toujours pu faire mieux.
Résultat à l'heure actuelle : j'ai toujours l'impression de tout rater, toujours l'impression que ce que je fais est nul, je n'ai pas confiance en moi.

- Quand j'avais 3 ans, elle a rencontré mon beau-père. Il était marié et elle a été sa maîtresse pendant de longues années. Quand j'ai eu 11 ans, il a quitté sa femme et nous sommes allées vivre avec lui.
Il ne m'aimait pas et me critiquait sans cesse. Il me disait que j'étais laide et que les garçons allaient profiter et abuser de moi.
Il s'est mis à boire et battre ma mère pendant des années. Elle avait toujours le visage ravagé par les coups, elle a fait plusieurs comas, il était vraiment très violent.
Voir sa mère se faire battre pendant des années, c'est très perturbant. Elle me disait d'aller me cacher dans ma chambre car elle avait peur qu'il devienne violent avec moi aussi (ce qu'il n'a jamais fait) et quand j'allais me réfugier dans ma chambre, il en profitait pour m'insulter et dire que j'étais folle, qu'il fallait m'enfermer à l'asile.

- A l'adolescence, ma mère n'était jamais satisfaite de moi, ça continuait. Je ne travaillais toujours pas assez bien à son goût à l'école, je n'étais jamais assez bien habillée, jamais assez gentille. Elle voulait maintenant prouver à mon beau-père qui me détestait qu'il avait tort et que j'étais une fille bien. Evidemment, ça n'a pas marché, mais pour lui prouver qu'il se trompait sur mon compte, elle a commencé à vouloir m'encourager à être encore toujours mieux. ça durait déjà depuis l'enfance où elle n'était jamais contente et là, à l'adolescence, ça continuait. J'étais toujours stressée et épuisée de toujours devoir faire mieux. Je n'étais déjà pas sûre de moi à cause de ça, j'avais déjà toujours l'impression de toujours tout rater, de n'être jamais assez bien, mais elle a enfoncé le clou : elle venait dans la salle de bain quand je prenais ma douche et elle inspectait mon corps : j'avais un bouton dans le dos, j'avais pris 10 grammes, mes cheveux avaient des fourches. Elle cherchait toujours le moindre défaut et elle critiquait en me disant que je pourrais faire des efforts.
Des années plus tard, mon psy m'a dit que ses intrusions dans la salle de bain s'apparentaient à des viols psychologiques.

- En parlant de viols... évidemment, à l'adolescence, après tout ça, j'étais très perturbée, je n'étais pas sûre de moi, j'étais persuadée de n'être pas assez bien et de tout rater. C'est là que j'ai rencontré Christian. Au début, tout était rose et violet, il me redonnait confiance, je pensais qu'il m'aimait. J'étais prête à tout pour lui (il avait 10 ans de plus que moi), il disait qu'il allait m'emmener loin de ma famille. Pour moi, c'était un sauveur, un prince charmant.... et il en a abusé : il a commencé à m'imposer ses fantasmes, les plans à plusieurs et j'en passe. J'avais pas envie, je me sentais pas prête mais j'avais peur de le perdre et j'ai fini par accepter.
Au bout d'un moment, ce n'était plus des plans à 3 qu'il voulait : il voulait simplement me regarder faire l'amour avec d'autres. Et encore une fois, par peur de le perdre, lui mon sauveur, j'ai accepté.
Le jour où j'ai refusé, il m'a insultée, menacée, frappée. Donc par la suite, j'ai continué... mais par peur des représailles.

- A 18 ans, j'ai réussi à stopper tout ça, la vie de famille désastreuse et ma relation destructrice avec Christian en partant à 100 km de là pour faire mes études. J'étais dans un état psychologique lamentable, mais partir m'a été salutaire. J'ai vécu une année merveilleuse loin de tout ça. Puis j'ai rencontré mon mari, Africain.
Je suis tombée enceinte après 4 mois de relation, alors que je prenais la pilule. J'étais amoureuse et on a décidé de garder le bébé.
J'ai annoncé la nouvelle à ma mère : arrêt des études, bébé, mariage avec un noir. J'avais 20 ans et pour elle, c'était la fin du monde : sa fille venait de rater définitivement sa vie.
J'ai eu droit aux remarques, aux critiques, sans parler de celles à l'égard de mon mari. Après 7 ans de mariage, il n'a plus supporté le comportement de ma mère et mon beau-père à son égard et c'était disputes sur disputes. On s'est éloignés, il a commencé à faire des trucs de son côté, sans plus rien me dire de peur que ma mère finisse par l'apprendre (elle était très intrusive dans notre vie de couple)... j'ai fini par le quitter, par amour, car je voyais qu'il souffrait trop à vivre avec moi, perturbée psychologiquement par mon passé et ma mère toujours sur notre dos à nous critiquer.
Bien sûr, pendant tout mon mariage, ma mère critiquait mon mari, mais elle continuait à me critiquer, moi : je n'étais pas une bonne épouse, je n'étais pas une bonne mère, je ne faisais pas ce qu'il fallait avec ma fille. Si elle avait été à ma place, elle aurait fait autrement avec le bébé et ça aurait été parfait.

- 6 mois après ma séparation, ma dépression a été enfin diagnostiquée. J'étais à bout. Ma mère prenait ma séparation pour prétexte pour enfoncer le clou : j'avais déjà tout rater dans ma vie, je n'étais jamais assez bien et là, en plus, je ratais mon mariage (elle a pourtant tout fait pour que ça arrive...).
Pendant ma dépression, j'ai pété un plomb, j'ai eu envie de me suicider mais je ne l'ai pas fait car j'ai un enfant qui a besoin de sa maman. Donc c'était me suicider ou partir. Donc je suis partie.
J'ai débarqué 4-5 mois à Paris, j'ai coupé les ponts avec tout et tout le monde. J'avais laissé ma fille chez son père car je n'étais plus en état psychologique pour m'en occuper.
Mon départ à Paris m'a sauvé la vie, j'ai eu le temps de faire le point et remonter la pente. Et quand ça a été mieux pour moi, je suis revenue en Belgique. Sauf qu'entre-temps, mon départ sur un coup de tête m'avait fait tout perdre : mon boulot, mon appart, ma famille, ma fille, mes amis. Je n'avais plus qu'une seule amie qui m'a hébergée à mon retour (j'ai quand même passé 3 nuits dans la rue avant de me décider à débarquer chez elle).
Dans ma tête, ça allait mieux, mais j'avais quand même tout perdu : finalement, ma mère avait raison, j'avais tout raté.
Mais j'étais motivée et j'ai tout récupéré : je me suis retrouvée un boulot, j'ai repris un appart et j'ai récupéré la garde de ma fille. Je me suis battue pour ça et j'y suis arrivée.

- Depuis 2 ans, je vais mieux. De mieux en mieux chaque jour. J'ai réussi à me rebattir une vie digne de ce nom. Je fais le boulot que j'aime, je me suis faite de nouveaux amis et je me sens mieux dans ma tête, mais ma mère n'a pas changé : pour elle, j'ai tout raté, je suis une ratée et si elle n'était pas là pour me sauver, je ne serais rien. Elle n'arrête toujours pas de me critiquer et faire des remarques tout le temps.
Quand elle a appris que j'avais rencontré mon doudou et qu'il était handicapé, elle m'a dit "après un noir, tu te prends un handicapé, tu fais décidément tout pour rater ta vie, keske tu vas aller foutre avec un mec comme ça".
Puis là, je viens de lui apprendre que j'allais faire une grosse expo à Paris avec un écrivain très célèbre. Je pensais qu'enfin, elle allait être fière de moi, contente de ma réussite, mais il n'en fût rien : vu que je vais faire des photos érotiques pour cette expo, elle m'a presque traitée de prostitué, elle m'a dit que j'allais finir dans les bas-fonds. En plus, le fait de faire cette expo à Paris, elle dit que je vais repartir m'installer là-bas et abandonner ma fille, que j'étais une mauvaise mère et j'en passe...
Aucun soutien pour mon expo, aucune joie, aucune fierté.
Je réussis enfin ma vie, mais pour elle, rien à faire, j'ai quand même tout raté.

Là, je me suis décidée à couper les ponts avec elle car je n'en peux plus de passer pour la fille indigne, jamais assez parfaite, j'en ai marre de passer à ses yeux pour une mauvaise mère alors que sérieux, en mauvaise mère, elle se pose là !
Pour ma tranquillité, mon bonheur, mon salut, j'ai décidé de me passer d'elle dorénavant. Cela fait 20 ans que j'y pense et ce jour est enfin arrivé. C'est dur, mais j'en ai vraiment besoin.
Je ne veux plus d'elle dans ma vie en 2008 : j'ai une expo à préparer, la chance de ma vie, je me sens enfin bien dans ma vie et dans ma tête et il est hors de question qu'elle continue à tout gâcher.

J'en parle un peu dans un blog, si ça vous dit : http://cheremaman.blogspot.com
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andreabernard
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Message par andreabernard »

Plus tu avances dans ton récit et plus nous disons : "la pauvre"
Ta mère est comme elle est mais en plus elle monte la tête à ton beau père.
Tu n'as rien à gagner de garder un lien avec elle
C'est malheureux de couper les ponts avec une mère mais si tu dois te sentir mieux, autant dans ta vie professionnelle que sentimentale, n'hésite pas.
:kissing: tu en as besoin
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Tequila
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Message par Tequila »

Et bien Cara...Quand je lis ça je me demande comment "j'ose" ne pas être heureuse avec cette petite vie pépère qui est la mienne, des parents aimants qui me soutiennent, etc...

Je comprends tout à fait ton propos lorsque tu dis que "tous" les parents ne méritent pas qu'on les aime : les liens du sang ne suffisent pas et selon moi on peut avoir des liens bien plus fort avec quelqu'un qui ne fait pas partie de sa famille. On ne "choisis" pas ses parents ! Par contre c'est bien vrai qu'on a qu'une mère et que "normalement" l'amour d'une mère est inconditionnel donc même si elle fait des erreurs on ne peux pas vraiment lui en vouloir. Mais comme tu dis, lorsque cet amour n'est pas véritable et que la mère va trop loin, on ne peut pas tout excuser sur le simple fait qu'on est né de ses entrailles !

Bref je comprends ta décision et j'imagine qu'elle n'a pas été facile du tout à prendre.

Ce que j'ai du mal à comprendre c'est le "pourquoi" du comportement de ta mère ? As-tu trouvé des explications quant à ses agissements ? Pourquoi ce désir de perfection chez toi, cette mise en échec perpétuelle ? N'aurait-elle pas elle-même l'impression quelque part d'avoir raté sa propre vie et ferait une sorte de transfer ou un truc du genre ?

Autre chose : tu dis que tu as fait le deuil en quelque sorte de votre relation. Cela dit j'ai l'impression que tu enrages quasiment de ne pas réussir à lui "prouver" qui tu es et qu'au fond de toi ce manque de reconnaissance t'affecte davantage que ce que tu ne dis, je me trompe ?

En fait votre relation est tellement étrange...On dirait une sorte de "compétition" mère-fille...et j'ai l'impression que niveau caractère vous avez toutes les 2 un caractère très affirmé qui fait qu'aucune des 2 ne veut finalement fléchir, "laisser couler" comme on dit...
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le_sphinx
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Message par le_sphinx »

Il n'y a franchement rien à redire sur ta décision. On a trop tendance à penser dans nos sociétés que ce genre de chose "ne se font pas". Mais bon un tel concept sous-entend que les parents ont une conduite irréprochable.

D'ailleurs en lisant ton récit, on en arrive même à se demander pourquoi ce n'est pas ta mère qui a pris cette décision.
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cheese
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Message par cheese »

Ton parcours a vraiment été difficile mais je te comprend Cara, moi c'était avec mon père!
Maintenant tu peux oser t'affirmer, oser dire "JE"!
On n'a qu'une mère, certes, mais c'est à nous de faire notre vie, nous ne restons pas des petits enfants sages toute notre vie (et la leur)!
Pourquoi ta mère a agit ainsi? A quoi bon chercher? Pour lui trouver des excuses ou pour la comprendre? Dans les deux cas de figure quelle importance?
Tu as loupé quelque chose d'important: l'amour d'une mère mais le plus important est que tu en as pris conscience!

A toi de voir où est ton bien, couper les ponts ou continuer ainsi...pour moi il n'y a pas photo!
Fais attention tout de même à ne pas reproduire le même schéma avec ton enfant, l'effet boule de neige!

Je t'embrasse! :hug:
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Cara
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Message par Cara »

Pourquoi elle a fait tout ça... J'ai longtemps réfléchi à la question...

Elle est le 6ème enfant d'une famille de 8 enfants, je crois qu'elle s'est sentie transparente et "perdue dans la masse", elle n'était qu'un numéro parmi tous les enfants et mes grands-parents, avec autant d'enfants, n'avaient pas bcp de temps à consacrer à chacun. L'époque voulait aussi que les démonstrations d'amour n'étaient pas légion. Et je pense vraiment qu'elle a dû elle-même se sentir transparente.
Du coup, elle veut être importante maintenant et passer pour celle qui réussit, qui me sauve de ma misère, donc pour ça, il faut que je rate tout.
Si je rate tout, elle se pose en mère-miracle qui sauve sa fille, je lui en suis reconnaissante et je lui donne toute l'importance qu'elle rêve d'avoir depuis toute petite.
C'est inconscient pour elle, bien sûr, mais après des années de psy et des tonnes de bouquins sur les relations parents-enfants, c'est une des choses qui me semble la plus plausible.

Du fait aussi qu'elle ait manqué de l'amour de ses parents à cause de cette famille nombreuse, elle a un gros besoin d'être aimée et appréciée maintenant. Pour ça, elle fait des cadeaux. Souvent. Et très chers. Et elle s'attend à ce que, sous prétexte qu'elle offre des cadeaux hors de prix, on l'aime pour ça. Elle tente d'acheter l'amour des gens.
Elle s'attend aussi à ce qu'on lui soit reconnaissant et qu'on soit à sa disposition sous ce prétexte. Sa phrase-fétiche est d'ailleurs "après tout ce que j'ai fait pour toi..."
Mais elle est incapable de prendre dans ses bras et dire "je t'aime", ça la bloque, elle n'a jamais appris, elle n'a jamais connu ça, elle ne sait pas faire.

D'autres raisons aussi, notamment le départ de mon père biologique.
Elle a fait un enfant pour essayer de le retenir, grosse erreur.
J'ai appris récemment que les choses allaient très mal entre eux, mon père biologique était déjà, lui aussi, alcoolique et violent (elle répète donc toujours les mêmes schémas avec ses conjoints) et il la trompait.
Elle a arrêté la pilule en pensant qu'un enfant stabiliserait mon père et qu'il resterait auprès d'elle, qu'il se calmerait aussi.
Mon père est quand même parti et je crois que là aussi, inconsciemment, elle m'en veut, elle me tient pour responsable de son départ alors qu'en fait, c'est elle qui a fait l'erreur de vouloir tomber enceinte.

Suite au départ de mon père, elle s'est aussi retrouvée mère-célibataire... et dans les années 70, c'était très difficile : ces femmes étaient traitées de femmes faciles, de prostituées, on traitait leurs enfants de bâtards.
Elle a connu ça de la part de ses propres frères ! Mon oncle m'appelait "la batarde" quand j'étais petite.
Elle a toujours voulu leur prouver qu'une mère-célibataire pouvait réussir l'éducation de ses enfants et je crois qu'elle a voulu me pousser à outrance, pour leur prouver que je réussissais à l'école même sans papa à la maison, leur prouver que j'étais gentille et bien élevée.
Et elle s'est créée son mythe de l'enfant parfait... mais à force de me pousser, c'est l'effet inverse qui s'est produit : j'avais toujours l'impression de n'être pas assez bien pour elle.
Mes échecs, ce sont en fait les siens. Si je rate, c'est elle qu'on jugera ... et que dira la famille ? que penseront les voisins ?
Si je rate, c'est elle qu'on traitera de mauvaise mère et ça, elle ne le supporte pas.

Le problème, c'est qu'elle a tout faux... et qu'elle a tout raté...

Maintenant, voilà, je suis en colère, mais finalement, je ne lui en veux pas. J'en suis vraiment arrivée à la conclusion que pour elle, tout ça est inconscient et qu'elle ne voulait pas faire mal. Elle voulait vraiment que je sois la meilleure, que je réussisse et elle a cru qu'en faisant des critiques, ça me pousserait à m'améliorer...
Elle n'a pas compris que ça m'a cassée et que j'avais juste besoin de félicitations et d'encouragements...
Je ne réussis donc pas à vraiment lui en vouloir... mais j'ai besoin de couper les ponts pour me construire et me reconstruire.

Puis justement, j'ai pas envie qu'elle fasse de même avec ma fille.
Elle commence depuis quelques temps à agir de la même façon avec elle, la casser parce qu'elle n'est pas la première de sa classe et je veux pouvoir limiter les dégats maintenant.

Quant à moi, reproduire la même chose avec ma fille, ça risque pas. Je fais vraiment bien attention à être toujours là pour ma fille, l'encourager, lui dire que je l'aime, que je suis fière d'elle. Sans exagérer non plus... du moins, j'espère :lol:
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cheese
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Message par cheese »

Cara je crois que tu as plus besoin de t'exprimer que de nous écouter...je me trompe? :wink:
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Cara
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Message par Cara »

Oui et non...
Bien sûr, je suis dans une période de ras-le-bol donc j'ai tendance à beaucoup en parler, mais j'écoute et je lis tout ce qu'on me dit.
Là, je répondais simplement aux questions posées : "pourquoi aurait-elle agi ainsi?"... et ça, c'est ma conclusion après des années d'analyse et après avoir avalé des tonnes de bouquins sur le sujet.

Si j'ai cherché à savoir "pourquoi", c'était simplement pour ne pas avoir d'animosité envers elle, ne pas en arriver à la détester.
Je pense, contrairement à ce que tu disais, Cheese, qu'il est important de savoir "pourquoi". Pas pour comprendre ou excuser, mais simplement pour pouvoir trouver les solutions adaptées et avancer. Tirer un trait calmement sans pour autant devenir agressif.
Maintenant que j'ai trouvé le "pourquoi", je sais qu'elle a aussi des problèmes à régler avec elle-même, qu'elle doit entamer un travail, qu'elle aussi a manqué de certaines choses et que finalement, tout ce mal qu'elle m'a fait a été et est toujours inconscient. Je crois vraiment qu'elle ne se rend pas compte du mal qu'elle fait, elle voulait simplement bien faire et prouver aux autres qu'elle faisait bien...

Maintenant, je sais "pourquoi", mais ça n'excuse quand même pas ce qu'elle a fait. Je ne la déteste pas, je ne lui en veux pas outre-mesure mais je ne pourrai quand même pas lui pardonner, elle est allée trop loin et j'ai besoin maintenant d'avancer sans elle, point.

J'avais besoin de chercher le "pourquoi elle a fait ça?" pour pouvoir maintenant trouver le "comment je fais pour m'en sortir?".
J'ai longtemps hésité, oui, avant de prendre ma décision, ça n'a pas été facile, mais je reste convaincue qu'il faut couper les ponts pour me protéger et préserver ma fille... et peut-être lui permettre à elle d'entamer un travail sur elle-même...

Pendant des années, je n'ai pas osé couper les ponts car je pensais trop aux conséquences et j'avais encore un peu peur d'elle et de sa réaction***, mais maintenant, oui, je suis devenue égoïste et je pense enfin à moi. ça fait un bien fou ;)



***je crois d'ailleurs que cette peur de la réaction de l'autre, l'avis des autres membres de la famille, les conséquences sont les raisons principales pour lesquelles les gens ayant des problèmes avec leurs parents n'osent pas couper les ponts.
On ne choisit pas sa famille, non, mais si elle ne nous convient pas, il est quand même toujours très difficile de la quitter.
Le mythe de "il faut aimer ses parents, il faut leur pardonner" et "on n'a qu'une mère/un père, c'est irremplaçable, il ne faut pas couper les ponts, il faut supporter" y est pour beaucoup aussi... et c'est ce qui fait des tonnes de personnes mal dans leur peau : ils supportent en silence plutôt que s'affirmer et prendre leur vie en main.


Je conseille d'ailleurs un bouquin à toutes les personnes ayant des problèmes avec leurs parents... et même aux personnes qui ont des enfants, afin de les faire réfléchir et leur empêcher de commettre certaines erreurs : "Parents toxiques" de Susan Forward.
Un incontournable...
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cheese
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Message par cheese »

Quels parents n'ont pas de problèmes perso? Tou dépend maintenant de la gravité de ceux-ci et je comprend le sens de ta démarche.
Une page se tourne pour toi et une vraie vie commence, inutile de te prendre la tête et devient égoïste, ça aussi la vie me l'a appris! :wink:
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