J'ai un seul regret dans ma vie...
Quand j'avais 17 ans j'ai trouvé une place dans un lycée qui proposait l'option cinéma audio-visuel.
C'était mon rêve.
Le cinéma représentait tout pour moi: j'écrivais des scénarios le soir dans ma chambrette, jamais satisfaite, je recommençais, encore et encore, j'abandonnais le projet, je commençais autre chose, je collais des affiches de films partout dans ma chambre, je dévorais toutes les revues de cinéma possible et imaginables, je bossais comme ouvreuse dans le cinéma de ma petite ville marnaise, je voyais absolument tous les films qui sortaient, la musique que j'écoutais en boucle c'était les bandes originales de films que j'achetais religieusement à la fnac (pas trop de téléchargement à cette époque pour moi), quand un film ne sortait pas dans mon patelin j'allais le voir dans la ville voisine...
Bref, pas cinéphile, mais plutôt cinévore. C'était une addiction totale chez moi!!!
Alors quand j'ai eu cette place dans ce lycée, j'étais folle de bonheur.
Et là est arrivée la tuile. Un mec bien entendu.
J'ai eu un coup de foudre pour un mec! Cinéphage comme moi (du moins c'est ce qu'il m'a fait croire, entre autres).
Il m'a fait découvrir la vraie vie, pas celle des films. ça je ne le regrette pas, j'ai vécu l'année la plus excitante de ma vie, celle où je me suis ouverte pour la première fois au monde qui m'entoure et pas seulement aux écrans de ciné.
Seulement voilà, il était loin, très loin d'avoir que des bons cotés ce mec.
Il m'a entrainé dans des trucs pas très catholiques, et bien entendu c'était très mal vu au sein de la Direction de l'établissement.
Pour moi ils ont été indulgents, car j'avais malgré tout des résultats scolaires satisfaisants. Mais pour lui ce n'était pas la première année qu'il se faisait un peu trop remarquer. Ils l'ont viré.
Et moi, comme une conne, je l'ai suivi, j'ai quitté le lycée aussi.
On s'est inscrits ailleurs tous les deux.
Et adieu le cinéma, adieu mes rêves.
Au final on a rompu 6 mois après son exclusion. Un beau gachis.
Depuis j'ai arrété de coller des affiches de films dans ma chambre, je n'ai pas renouvelé mes abonnements à starfix, synopsis, mad movies, cinélive, studio et autres première (et starfix a fait faillite la même année en plus, si ça se trouve j'étais leur dernière lectrice

). J'ai arrété de voir tous les films qui sortent etc.
J'ai arrété d'écrire des scénarios aussi. J'ai même arrété d'écrire tout court, et ça me manque beaucoup.
Je pense que ça reviendra un jour (l'écriture) mais bien que ça fasse des années, j'ai jamais retrouvé cette énergie, cette volonté.
J'ai un gout amer dans la bouche à chaque manifestation cinématographique.
Parce que, bien sur je sais que les places sont chères et ceux qui percent dans le milieu sont rares. Mais je n'ai même pas la satisfaction de me dire que j'aurais essayé jusqu'au bout.
J'ai tout abandonné pour un mec qui n'en valait même pas la peine. L'amour rend aveugle, l'amour rend stupide.
De plus (et dans le fond c'est peut être ça que je regrette le plus dans cette histoire) j'ai perdu contact avec la plupart des gens que j'avais rencontré dans ce lycée, je suis passé a coté des liens qui se sont crées entre eux les années suivantes.
Aujourd'hui il m'arrive de les croiser dans des soirées, et quand je vois la complicité très forte qu'ils ont entre eux, je peux pas m'empêcher de penser que j'aurais dû faire partie de ça.
Voilà. Dans la vie je pense que je regrette rien de ce que j'ai fait, car au final ça a toujours donné quand même une part de positif.
Mais ce choix de partir que j'ai fait ce jour là, sur un coup de tête, je le regrette vraiment, car même avec le recul je ne vois pas ce qu'il y a eu de positif ensuite.
J'aurais pu continuer dans ce lycée, ça ne m'aurait même pas empêché de rencontrer mon homme...
Enfin bref... Désolée, un peu long le récit.
Voilà, c'était le seul regret que j'aurais jamais, et j'ai encore les boules chaque fois que j'y pense, et j'y pense encore très souvent (j'y ai encore pensé ce matin)
