Couper les ponts : une question de vie ou de mort
Posté : 06/01/2008 15:11
J'y vais un peu fort avec le titre mais dans mon cas, c'est pourtant la stricte vérité : si je garde le contact avec ma mère, je me tire une balle. Pour mon salut, je viens donc de prendre la décision de couper définitivement tout contact entre elle et moi.
Beaucoup de personnes m'ont dit de bien réfléchir (ça fait 30 ans que je ne fais que ça
), qu'on avait qu'une mère, qu'elle était irremplaçable et que je le regretterais plus tard, qu'elle allait me manquer et qu'il FAUT aimer et pardonner à ses parents.
Je ne suis absolument pas d'accord : on n'est pas obligés d'aimer ses parents et on n'est pas non plus obligés de leur pardonner leurs erreurs. C'est un mythe ancestral auquel je n'adhère pas du tout. Certains parents vont trop loin et ne méritent pas qu'on leur pardonne. D'autres ne font absolument rien pour qu'on les aime et qu'on soit clément avec leurs erreurs, ma mère en fait partie.
Puis avant d'en arriver à cette extrêmité de couper les ponts, il faut du temps, des années, on prend le temps de réfléchir, on supporte pendant (trop) longtemps, jusqu'au moment où on n'en peut plus et il "faut" couper le cordon sinon on pète un câble et on se tire une balle.
Dans mon cas, comme dit plus haut, j'ai 30 ans et ça fait 30 ans que j'ai des mauvais rapports avec ma mère. Je pense que ça fait environ 20 ans que j'ai envie de lui dire adieu et je me retiens de le faire justement "parce que c'est ma mère et on en a qu'une"... mais là, non, tant pis, je peux plus supporter.
Mon histoire est longue et difficile, je vais essayer d'être brève pour résumer et je reviendrai sur certains points dans les posts suivants, si vous avez des questions ou des remarques :
- Je n'ai pas connu mon père biologique, il est parti quand ma mère était enceinte. Pendant des années, ma mère m'avait affirmé que mon père était mort mais on n'allait jamais au cimetière, j'ai donc commencé à poser des questions et un jour, elle a craqué : "non, il n'est pas mort, tu es une fille et il voulait un garçon, donc il est parti!"
Inutile de dire le traumatisme : j'étais coupable de la séparation de mes parents et en plus, j'étais coupable d'être une fille !
Pendant des années, j'ai culpabilisé et je cachais ma féminité sous des vêtements amples, j'avais honte d'être une fille.
Je sais maintenant qu'il n'est pas parti pour ça, mais quand on est enfant et qu'on entend une telle phrase, on en sort perturbé, c'est inévitable.
- J'ai grandi jusqu'à 7 ans chez mes grands-parents. Ma mère et ma grand-mère avaient peur de mon grand-père car il avait un caractère très fort et il n'était pas facile à vivre. Dès que je faisais un peu de bruit en jouant ou que je voulais parler, on me disait de faire silence, de me taire.
Des années à me taire... j'en ai gardé à l'âge adulte une difficulté à communiquer avec les autres, à dire ce que je pense et ce que je ressens, je suis très solitaire, j'ai peu d'amis, j'ai toujours l'impression que mon avis ne compte pas, que je suis transparente et pas importante.
- Ma mère étant une mère célibataire, elle a voulu prouver au monde entier qu'elle parvenait quand même à élever son enfant, et à l'élever bien. Il fallait donc toujours que je sois la plus sage, la plus gentille, la meilleure à l'école, la mieux habillée, etc... pour que les gens puissent dire que ma mère, bien que mère célibataire, réussissait mon éducation.
Pendant des années, je ne pouvais jamais jouer avec mes copines et mes cousin(e)s, je ne pouvais pas faire une tache sur mes vêtements, quand on visitait la famille, je ne pouvais ni parler ni bouger sans autorisation.
A l'école, j'étais très douée, j'avais toujours 96-97%, mais ce n'était jamais assez bien, elle n'était jamais contente, j'aurais toujours pu faire mieux.
Résultat à l'heure actuelle : j'ai toujours l'impression de tout rater, toujours l'impression que ce que je fais est nul, je n'ai pas confiance en moi.
- Quand j'avais 3 ans, elle a rencontré mon beau-père. Il était marié et elle a été sa maîtresse pendant de longues années. Quand j'ai eu 11 ans, il a quitté sa femme et nous sommes allées vivre avec lui.
Il ne m'aimait pas et me critiquait sans cesse. Il me disait que j'étais laide et que les garçons allaient profiter et abuser de moi.
Il s'est mis à boire et battre ma mère pendant des années. Elle avait toujours le visage ravagé par les coups, elle a fait plusieurs comas, il était vraiment très violent.
Voir sa mère se faire battre pendant des années, c'est très perturbant. Elle me disait d'aller me cacher dans ma chambre car elle avait peur qu'il devienne violent avec moi aussi (ce qu'il n'a jamais fait) et quand j'allais me réfugier dans ma chambre, il en profitait pour m'insulter et dire que j'étais folle, qu'il fallait m'enfermer à l'asile.
- A l'adolescence, ma mère n'était jamais satisfaite de moi, ça continuait. Je ne travaillais toujours pas assez bien à son goût à l'école, je n'étais jamais assez bien habillée, jamais assez gentille. Elle voulait maintenant prouver à mon beau-père qui me détestait qu'il avait tort et que j'étais une fille bien. Evidemment, ça n'a pas marché, mais pour lui prouver qu'il se trompait sur mon compte, elle a commencé à vouloir m'encourager à être encore toujours mieux. ça durait déjà depuis l'enfance où elle n'était jamais contente et là, à l'adolescence, ça continuait. J'étais toujours stressée et épuisée de toujours devoir faire mieux. Je n'étais déjà pas sûre de moi à cause de ça, j'avais déjà toujours l'impression de toujours tout rater, de n'être jamais assez bien, mais elle a enfoncé le clou : elle venait dans la salle de bain quand je prenais ma douche et elle inspectait mon corps : j'avais un bouton dans le dos, j'avais pris 10 grammes, mes cheveux avaient des fourches. Elle cherchait toujours le moindre défaut et elle critiquait en me disant que je pourrais faire des efforts.
Des années plus tard, mon psy m'a dit que ses intrusions dans la salle de bain s'apparentaient à des viols psychologiques.
- En parlant de viols... évidemment, à l'adolescence, après tout ça, j'étais très perturbée, je n'étais pas sûre de moi, j'étais persuadée de n'être pas assez bien et de tout rater. C'est là que j'ai rencontré Christian. Au début, tout était rose et violet, il me redonnait confiance, je pensais qu'il m'aimait. J'étais prête à tout pour lui (il avait 10 ans de plus que moi), il disait qu'il allait m'emmener loin de ma famille. Pour moi, c'était un sauveur, un prince charmant.... et il en a abusé : il a commencé à m'imposer ses fantasmes, les plans à plusieurs et j'en passe. J'avais pas envie, je me sentais pas prête mais j'avais peur de le perdre et j'ai fini par accepter.
Au bout d'un moment, ce n'était plus des plans à 3 qu'il voulait : il voulait simplement me regarder faire l'amour avec d'autres. Et encore une fois, par peur de le perdre, lui mon sauveur, j'ai accepté.
Le jour où j'ai refusé, il m'a insultée, menacée, frappée. Donc par la suite, j'ai continué... mais par peur des représailles.
- A 18 ans, j'ai réussi à stopper tout ça, la vie de famille désastreuse et ma relation destructrice avec Christian en partant à 100 km de là pour faire mes études. J'étais dans un état psychologique lamentable, mais partir m'a été salutaire. J'ai vécu une année merveilleuse loin de tout ça. Puis j'ai rencontré mon mari, Africain.
Je suis tombée enceinte après 4 mois de relation, alors que je prenais la pilule. J'étais amoureuse et on a décidé de garder le bébé.
J'ai annoncé la nouvelle à ma mère : arrêt des études, bébé, mariage avec un noir. J'avais 20 ans et pour elle, c'était la fin du monde : sa fille venait de rater définitivement sa vie.
J'ai eu droit aux remarques, aux critiques, sans parler de celles à l'égard de mon mari. Après 7 ans de mariage, il n'a plus supporté le comportement de ma mère et mon beau-père à son égard et c'était disputes sur disputes. On s'est éloignés, il a commencé à faire des trucs de son côté, sans plus rien me dire de peur que ma mère finisse par l'apprendre (elle était très intrusive dans notre vie de couple)... j'ai fini par le quitter, par amour, car je voyais qu'il souffrait trop à vivre avec moi, perturbée psychologiquement par mon passé et ma mère toujours sur notre dos à nous critiquer.
Bien sûr, pendant tout mon mariage, ma mère critiquait mon mari, mais elle continuait à me critiquer, moi : je n'étais pas une bonne épouse, je n'étais pas une bonne mère, je ne faisais pas ce qu'il fallait avec ma fille. Si elle avait été à ma place, elle aurait fait autrement avec le bébé et ça aurait été parfait.
- 6 mois après ma séparation, ma dépression a été enfin diagnostiquée. J'étais à bout. Ma mère prenait ma séparation pour prétexte pour enfoncer le clou : j'avais déjà tout rater dans ma vie, je n'étais jamais assez bien et là, en plus, je ratais mon mariage (elle a pourtant tout fait pour que ça arrive...).
Pendant ma dépression, j'ai pété un plomb, j'ai eu envie de me suicider mais je ne l'ai pas fait car j'ai un enfant qui a besoin de sa maman. Donc c'était me suicider ou partir. Donc je suis partie.
J'ai débarqué 4-5 mois à Paris, j'ai coupé les ponts avec tout et tout le monde. J'avais laissé ma fille chez son père car je n'étais plus en état psychologique pour m'en occuper.
Mon départ à Paris m'a sauvé la vie, j'ai eu le temps de faire le point et remonter la pente. Et quand ça a été mieux pour moi, je suis revenue en Belgique. Sauf qu'entre-temps, mon départ sur un coup de tête m'avait fait tout perdre : mon boulot, mon appart, ma famille, ma fille, mes amis. Je n'avais plus qu'une seule amie qui m'a hébergée à mon retour (j'ai quand même passé 3 nuits dans la rue avant de me décider à débarquer chez elle).
Dans ma tête, ça allait mieux, mais j'avais quand même tout perdu : finalement, ma mère avait raison, j'avais tout raté.
Mais j'étais motivée et j'ai tout récupéré : je me suis retrouvée un boulot, j'ai repris un appart et j'ai récupéré la garde de ma fille. Je me suis battue pour ça et j'y suis arrivée.
- Depuis 2 ans, je vais mieux. De mieux en mieux chaque jour. J'ai réussi à me rebattir une vie digne de ce nom. Je fais le boulot que j'aime, je me suis faite de nouveaux amis et je me sens mieux dans ma tête, mais ma mère n'a pas changé : pour elle, j'ai tout raté, je suis une ratée et si elle n'était pas là pour me sauver, je ne serais rien. Elle n'arrête toujours pas de me critiquer et faire des remarques tout le temps.
Quand elle a appris que j'avais rencontré mon doudou et qu'il était handicapé, elle m'a dit "après un noir, tu te prends un handicapé, tu fais décidément tout pour rater ta vie, keske tu vas aller foutre avec un mec comme ça".
Puis là, je viens de lui apprendre que j'allais faire une grosse expo à Paris avec un écrivain très célèbre. Je pensais qu'enfin, elle allait être fière de moi, contente de ma réussite, mais il n'en fût rien : vu que je vais faire des photos érotiques pour cette expo, elle m'a presque traitée de prostitué, elle m'a dit que j'allais finir dans les bas-fonds. En plus, le fait de faire cette expo à Paris, elle dit que je vais repartir m'installer là-bas et abandonner ma fille, que j'étais une mauvaise mère et j'en passe...
Aucun soutien pour mon expo, aucune joie, aucune fierté.
Je réussis enfin ma vie, mais pour elle, rien à faire, j'ai quand même tout raté.
Là, je me suis décidée à couper les ponts avec elle car je n'en peux plus de passer pour la fille indigne, jamais assez parfaite, j'en ai marre de passer à ses yeux pour une mauvaise mère alors que sérieux, en mauvaise mère, elle se pose là !
Pour ma tranquillité, mon bonheur, mon salut, j'ai décidé de me passer d'elle dorénavant. Cela fait 20 ans que j'y pense et ce jour est enfin arrivé. C'est dur, mais j'en ai vraiment besoin.
Je ne veux plus d'elle dans ma vie en 2008 : j'ai une expo à préparer, la chance de ma vie, je me sens enfin bien dans ma vie et dans ma tête et il est hors de question qu'elle continue à tout gâcher.
J'en parle un peu dans un blog, si ça vous dit : http://cheremaman.blogspot.com
Beaucoup de personnes m'ont dit de bien réfléchir (ça fait 30 ans que je ne fais que ça
Je ne suis absolument pas d'accord : on n'est pas obligés d'aimer ses parents et on n'est pas non plus obligés de leur pardonner leurs erreurs. C'est un mythe ancestral auquel je n'adhère pas du tout. Certains parents vont trop loin et ne méritent pas qu'on leur pardonne. D'autres ne font absolument rien pour qu'on les aime et qu'on soit clément avec leurs erreurs, ma mère en fait partie.
Puis avant d'en arriver à cette extrêmité de couper les ponts, il faut du temps, des années, on prend le temps de réfléchir, on supporte pendant (trop) longtemps, jusqu'au moment où on n'en peut plus et il "faut" couper le cordon sinon on pète un câble et on se tire une balle.
Dans mon cas, comme dit plus haut, j'ai 30 ans et ça fait 30 ans que j'ai des mauvais rapports avec ma mère. Je pense que ça fait environ 20 ans que j'ai envie de lui dire adieu et je me retiens de le faire justement "parce que c'est ma mère et on en a qu'une"... mais là, non, tant pis, je peux plus supporter.
Mon histoire est longue et difficile, je vais essayer d'être brève pour résumer et je reviendrai sur certains points dans les posts suivants, si vous avez des questions ou des remarques :
- Je n'ai pas connu mon père biologique, il est parti quand ma mère était enceinte. Pendant des années, ma mère m'avait affirmé que mon père était mort mais on n'allait jamais au cimetière, j'ai donc commencé à poser des questions et un jour, elle a craqué : "non, il n'est pas mort, tu es une fille et il voulait un garçon, donc il est parti!"
Inutile de dire le traumatisme : j'étais coupable de la séparation de mes parents et en plus, j'étais coupable d'être une fille !
Pendant des années, j'ai culpabilisé et je cachais ma féminité sous des vêtements amples, j'avais honte d'être une fille.
Je sais maintenant qu'il n'est pas parti pour ça, mais quand on est enfant et qu'on entend une telle phrase, on en sort perturbé, c'est inévitable.
- J'ai grandi jusqu'à 7 ans chez mes grands-parents. Ma mère et ma grand-mère avaient peur de mon grand-père car il avait un caractère très fort et il n'était pas facile à vivre. Dès que je faisais un peu de bruit en jouant ou que je voulais parler, on me disait de faire silence, de me taire.
Des années à me taire... j'en ai gardé à l'âge adulte une difficulté à communiquer avec les autres, à dire ce que je pense et ce que je ressens, je suis très solitaire, j'ai peu d'amis, j'ai toujours l'impression que mon avis ne compte pas, que je suis transparente et pas importante.
- Ma mère étant une mère célibataire, elle a voulu prouver au monde entier qu'elle parvenait quand même à élever son enfant, et à l'élever bien. Il fallait donc toujours que je sois la plus sage, la plus gentille, la meilleure à l'école, la mieux habillée, etc... pour que les gens puissent dire que ma mère, bien que mère célibataire, réussissait mon éducation.
Pendant des années, je ne pouvais jamais jouer avec mes copines et mes cousin(e)s, je ne pouvais pas faire une tache sur mes vêtements, quand on visitait la famille, je ne pouvais ni parler ni bouger sans autorisation.
A l'école, j'étais très douée, j'avais toujours 96-97%, mais ce n'était jamais assez bien, elle n'était jamais contente, j'aurais toujours pu faire mieux.
Résultat à l'heure actuelle : j'ai toujours l'impression de tout rater, toujours l'impression que ce que je fais est nul, je n'ai pas confiance en moi.
- Quand j'avais 3 ans, elle a rencontré mon beau-père. Il était marié et elle a été sa maîtresse pendant de longues années. Quand j'ai eu 11 ans, il a quitté sa femme et nous sommes allées vivre avec lui.
Il ne m'aimait pas et me critiquait sans cesse. Il me disait que j'étais laide et que les garçons allaient profiter et abuser de moi.
Il s'est mis à boire et battre ma mère pendant des années. Elle avait toujours le visage ravagé par les coups, elle a fait plusieurs comas, il était vraiment très violent.
Voir sa mère se faire battre pendant des années, c'est très perturbant. Elle me disait d'aller me cacher dans ma chambre car elle avait peur qu'il devienne violent avec moi aussi (ce qu'il n'a jamais fait) et quand j'allais me réfugier dans ma chambre, il en profitait pour m'insulter et dire que j'étais folle, qu'il fallait m'enfermer à l'asile.
- A l'adolescence, ma mère n'était jamais satisfaite de moi, ça continuait. Je ne travaillais toujours pas assez bien à son goût à l'école, je n'étais jamais assez bien habillée, jamais assez gentille. Elle voulait maintenant prouver à mon beau-père qui me détestait qu'il avait tort et que j'étais une fille bien. Evidemment, ça n'a pas marché, mais pour lui prouver qu'il se trompait sur mon compte, elle a commencé à vouloir m'encourager à être encore toujours mieux. ça durait déjà depuis l'enfance où elle n'était jamais contente et là, à l'adolescence, ça continuait. J'étais toujours stressée et épuisée de toujours devoir faire mieux. Je n'étais déjà pas sûre de moi à cause de ça, j'avais déjà toujours l'impression de toujours tout rater, de n'être jamais assez bien, mais elle a enfoncé le clou : elle venait dans la salle de bain quand je prenais ma douche et elle inspectait mon corps : j'avais un bouton dans le dos, j'avais pris 10 grammes, mes cheveux avaient des fourches. Elle cherchait toujours le moindre défaut et elle critiquait en me disant que je pourrais faire des efforts.
Des années plus tard, mon psy m'a dit que ses intrusions dans la salle de bain s'apparentaient à des viols psychologiques.
- En parlant de viols... évidemment, à l'adolescence, après tout ça, j'étais très perturbée, je n'étais pas sûre de moi, j'étais persuadée de n'être pas assez bien et de tout rater. C'est là que j'ai rencontré Christian. Au début, tout était rose et violet, il me redonnait confiance, je pensais qu'il m'aimait. J'étais prête à tout pour lui (il avait 10 ans de plus que moi), il disait qu'il allait m'emmener loin de ma famille. Pour moi, c'était un sauveur, un prince charmant.... et il en a abusé : il a commencé à m'imposer ses fantasmes, les plans à plusieurs et j'en passe. J'avais pas envie, je me sentais pas prête mais j'avais peur de le perdre et j'ai fini par accepter.
Au bout d'un moment, ce n'était plus des plans à 3 qu'il voulait : il voulait simplement me regarder faire l'amour avec d'autres. Et encore une fois, par peur de le perdre, lui mon sauveur, j'ai accepté.
Le jour où j'ai refusé, il m'a insultée, menacée, frappée. Donc par la suite, j'ai continué... mais par peur des représailles.
- A 18 ans, j'ai réussi à stopper tout ça, la vie de famille désastreuse et ma relation destructrice avec Christian en partant à 100 km de là pour faire mes études. J'étais dans un état psychologique lamentable, mais partir m'a été salutaire. J'ai vécu une année merveilleuse loin de tout ça. Puis j'ai rencontré mon mari, Africain.
Je suis tombée enceinte après 4 mois de relation, alors que je prenais la pilule. J'étais amoureuse et on a décidé de garder le bébé.
J'ai annoncé la nouvelle à ma mère : arrêt des études, bébé, mariage avec un noir. J'avais 20 ans et pour elle, c'était la fin du monde : sa fille venait de rater définitivement sa vie.
J'ai eu droit aux remarques, aux critiques, sans parler de celles à l'égard de mon mari. Après 7 ans de mariage, il n'a plus supporté le comportement de ma mère et mon beau-père à son égard et c'était disputes sur disputes. On s'est éloignés, il a commencé à faire des trucs de son côté, sans plus rien me dire de peur que ma mère finisse par l'apprendre (elle était très intrusive dans notre vie de couple)... j'ai fini par le quitter, par amour, car je voyais qu'il souffrait trop à vivre avec moi, perturbée psychologiquement par mon passé et ma mère toujours sur notre dos à nous critiquer.
Bien sûr, pendant tout mon mariage, ma mère critiquait mon mari, mais elle continuait à me critiquer, moi : je n'étais pas une bonne épouse, je n'étais pas une bonne mère, je ne faisais pas ce qu'il fallait avec ma fille. Si elle avait été à ma place, elle aurait fait autrement avec le bébé et ça aurait été parfait.
- 6 mois après ma séparation, ma dépression a été enfin diagnostiquée. J'étais à bout. Ma mère prenait ma séparation pour prétexte pour enfoncer le clou : j'avais déjà tout rater dans ma vie, je n'étais jamais assez bien et là, en plus, je ratais mon mariage (elle a pourtant tout fait pour que ça arrive...).
Pendant ma dépression, j'ai pété un plomb, j'ai eu envie de me suicider mais je ne l'ai pas fait car j'ai un enfant qui a besoin de sa maman. Donc c'était me suicider ou partir. Donc je suis partie.
J'ai débarqué 4-5 mois à Paris, j'ai coupé les ponts avec tout et tout le monde. J'avais laissé ma fille chez son père car je n'étais plus en état psychologique pour m'en occuper.
Mon départ à Paris m'a sauvé la vie, j'ai eu le temps de faire le point et remonter la pente. Et quand ça a été mieux pour moi, je suis revenue en Belgique. Sauf qu'entre-temps, mon départ sur un coup de tête m'avait fait tout perdre : mon boulot, mon appart, ma famille, ma fille, mes amis. Je n'avais plus qu'une seule amie qui m'a hébergée à mon retour (j'ai quand même passé 3 nuits dans la rue avant de me décider à débarquer chez elle).
Dans ma tête, ça allait mieux, mais j'avais quand même tout perdu : finalement, ma mère avait raison, j'avais tout raté.
Mais j'étais motivée et j'ai tout récupéré : je me suis retrouvée un boulot, j'ai repris un appart et j'ai récupéré la garde de ma fille. Je me suis battue pour ça et j'y suis arrivée.
- Depuis 2 ans, je vais mieux. De mieux en mieux chaque jour. J'ai réussi à me rebattir une vie digne de ce nom. Je fais le boulot que j'aime, je me suis faite de nouveaux amis et je me sens mieux dans ma tête, mais ma mère n'a pas changé : pour elle, j'ai tout raté, je suis une ratée et si elle n'était pas là pour me sauver, je ne serais rien. Elle n'arrête toujours pas de me critiquer et faire des remarques tout le temps.
Quand elle a appris que j'avais rencontré mon doudou et qu'il était handicapé, elle m'a dit "après un noir, tu te prends un handicapé, tu fais décidément tout pour rater ta vie, keske tu vas aller foutre avec un mec comme ça".
Puis là, je viens de lui apprendre que j'allais faire une grosse expo à Paris avec un écrivain très célèbre. Je pensais qu'enfin, elle allait être fière de moi, contente de ma réussite, mais il n'en fût rien : vu que je vais faire des photos érotiques pour cette expo, elle m'a presque traitée de prostitué, elle m'a dit que j'allais finir dans les bas-fonds. En plus, le fait de faire cette expo à Paris, elle dit que je vais repartir m'installer là-bas et abandonner ma fille, que j'étais une mauvaise mère et j'en passe...
Aucun soutien pour mon expo, aucune joie, aucune fierté.
Je réussis enfin ma vie, mais pour elle, rien à faire, j'ai quand même tout raté.
Là, je me suis décidée à couper les ponts avec elle car je n'en peux plus de passer pour la fille indigne, jamais assez parfaite, j'en ai marre de passer à ses yeux pour une mauvaise mère alors que sérieux, en mauvaise mère, elle se pose là !
Pour ma tranquillité, mon bonheur, mon salut, j'ai décidé de me passer d'elle dorénavant. Cela fait 20 ans que j'y pense et ce jour est enfin arrivé. C'est dur, mais j'en ai vraiment besoin.
Je ne veux plus d'elle dans ma vie en 2008 : j'ai une expo à préparer, la chance de ma vie, je me sens enfin bien dans ma vie et dans ma tête et il est hors de question qu'elle continue à tout gâcher.
J'en parle un peu dans un blog, si ça vous dit : http://cheremaman.blogspot.com